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Variations formelles de l’esperluette

À l’occasion de mon mémoire de fin d’études à l’Ensad de Paris, j’avais traduit en 2007 le texte allemand de Jan Tschichold décrivant l’évolution de l’esperluette, publié à l’origine en 1953. Je mets ici à disposition des lecteurs cette traduction, bien qu’elle soit imparfaite, à laquelle j’ai ajouté quelques précisions (composées en italique). Le texte original est écrit d’un seul tenant, mais je l’ai ici découpé en périodes historiques et la collection d’esperluettes faite par Tschichold (nomenclature en chiffres) se trouve enrichie de trouvailles personnelles (nomenclature en lettres).

&, lu « ET », vient du latin et signifie « et ». Les nombreuses formes de ce signe sont des ligatures d’un genre bien particulier. L’esperluette est la fusion intime de caractères par laquelle soit la partie d’une lettre se prolonge dans la partie d’une autre lettre, soit les deux parties se fondent en un seul morceau.

1. Époque romaine :  avant 400

L’histoire de l’esperluette est presque aussi vieille que celle de l’écriture romaine. Certes on ne trouve pas d’esperluette dans les inscriptions archaïques des romains ni dans leurs écritures majuscules monumentales. Mais à partir de 79 ap. J.-C., on rencontre, dans les graffiti muraux, des inscriptions rapidement gravées de la ligature « et » que l’on peut considérer comme l’ancêtre du clan des esperluettes. Dans la figure 1, il s’agit juste de la barre médiane du E qui vient rencontrer le trait vertical du T, mais déjà la figure 2, datée de 131 ap. J.-C., extraite d’une cursive romaine archaïque et abrégée d’un trait seulement, est une esperluette qui correspond pleinement à notre définition de ce signe. La barre médiane du E représente en même temps la barre transversale du T. Ces deux premières figures restent très simples. La figure 3, du milieu du IVe siècle ap. J.-C. et tirée d’une cursive romaine plus récente, est pleine d’élan. Extraite du même type d’écriture, la figure 4 présente une variante du T qui annonce la forme onciale ronde plus tardive. La figure 5 est la même forme, mais tracée à une vitesse très rapide.

Les exemples 1 à A3 d’esperluettes de l’époque romaine présentés ici appartiennent au type de la cursive romaine, écriture rapide employée pour les documents de la vie courante, où les lettres sont liées et de hauteurs inégales. Elle dérive de la capitale monumentale vers le IIe ou IIIe siècle av. J.-C.; les formes se sont assouplies, transformant les angles droits en courbes. Les figures 1 et 2 appartiennent au type primitif qui présente un aspect capitalisé, tandis que les figures 3, A1, 4 et 5 représentent la véritable cursive minuscule du IVe siècle. À la même époque, on trouve également la capitale quadrata et l’écriture rustica, mais de par leur caractère posé, les ligatures y sont moins évidentes et restent plus sages, comme dans les exemples A4 et A5.

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1 : Graffiti de Pompéi, 79 ap. J.-C.
2 : Cursive romaine ancienne, calame, 131 ap. J.-C.
3 : Cursive romaine récente, milieu du IVe siècle ap. J.-C.
A1 : Cursive romaine récente, papyrus du début du IVe siècle ap. J.-C.
4 : Cursive romaine récente, autour de 346 ap. J.-C.
5 : Cursive romaine récente, 344 ap. J.-C.
A2, A3 : Lettre sur papyrus, Égypte, entre 317 et 324 ap. J.-C., cursive romaine deuxième époque
A4 : Inscription romaine, Cologne, IIe ou IIIe siècle ap. J.-C.
A5 : Inscription sur pierre tombale, Trèves, IVe ou Ve siècle ap. J.-C.

2. Époque de l’écriture onciale :  350 – 900

L’onciale du quatrième siècle est une écriture capitale dérivée de la majuscule cursive romaine. Dans un contexte historique instable, alors que l’Église catholique se développe et qu’elle doit résister aux invasions barbares, l’écriture onciale des monastères se veut garante de la connaissance et de la culture classique. Elle est formellement liée à l’architecture romane, les lettres sont rondes et arquées.
La figure 6, extraite d’une écriture faite au calame au début du VIe siècle, n’est rien d’autre qu’une forme stabilisée des figures 3 et 5; le E a été simplifié, la liaison de la traverse du T avec la courbe inférieure se prolongeant dans la barre médiane du E est distendue. Le T est formé d’une manière particulière, il est à peine ébauché et sert seulement à fermer la forme générale du signe. On reconnaît la forme originelle du T dans la figure 7 où il est complètement séparé du E. Mais les figures 8 et 9, prélevées dans des manuscrits celtiques anglo-saxons, montrent bien où nous avons à chercher le T. Dans ces exemples, la forme onciale du T est à nouveau complètement dessinée. Le Livre de Kells, qui est écrit dans une semi-onciale anglo-saxonne, peut-être la plus belle écriture calligraphique d’Occident, contient les plus fantastiques et les plus nombreuses variantes de l’esperluette. Malheureusement, celles-ci se dérobent au regard au profit des illustrations, non seulement parce que les esperluettes n’existent que rarement pour elles-mêmes, mais aussi parce que les plus belles d’entre elles sont regardées comme de magnifiques ornements riches en couleurs. L’esperluette est seulement une ligature parmi de nombreuses autres que l’on rencontre dans les manuscrits anglo-saxons. La figure 10 est la ligature « eg » et provient du même manuscrit que la figure 6. Les figures 11 et 12 montrent la forme 6 dans une graphie plus rapide.
 La semi-onciale consiste en une écriture minuscule avec des capitales onciales ou rustica. Elle ne provient pas de l’onciale, mais partage avec elle une origine commune, l’écriture romaine dite d’Épitome. Elle comporte beaucoup de ligatures, en particulier avec la lettre « e ». Les missionnaires introduisent la semi-onciale en Irlande au milieu du Ve siècle; le Livre de Kells en est l’exemple le plus somptueux.

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6 : Manuscrit (Saint Hilaire), avant 509
7 : Manuscrit (Saint Maxime), VIIe siècle
8 : Tirée du Livre de Kells, VIIe siècle
B1 : Extraite du livre de Durham
B2, B3 : Livre de Kells, VIIe siècle
9 : Évangéliaire anglo-saxon, VIIIe siècle
10 : Ligature « eg » extraite d’un manuscrit (Saint Hilaire), avant 509
11, 12 : Anglo-saxonnes, VIIe et VIIIe siècles

3. Époque mérovingienne : 450 – 750

La figure 13, la plus ancienne esperluette à ma connaissance sous la forme qui nous est familière, provient d’un manuscrit mérovingien du huitième siècle. Le T est complètement déformé; on pourrait penser que le signe se compose d’un E et d’un T qui se tiendrait sur la tête. Je ne peux pas valider cette interprétation. Il faut considérer le crochet courbé vers le haut qui ferme la forme comme la barre transversale du T, et la barre qui fuit vers la droite comme le vestige du fût arqué d’un T oncial. Les figures 14, 16 et 17 sont des curiosités mérovingiennes. Mais la figure 15 apparaît dans le même manuscrit que la figure 14. La tête en forme de « o » est dessinée de façon indépendante dans la figure 15 comme dans la figure 13; cela reste la règle jusqu’à la fin du Moyen-Âge. La figure 22 donne l’impression que le T a été tourné et retourné, à vérifier; cette forme est une exception. Les figures 20 et 21 prouvent à nouveau que l’origine de ces formes sont les figures 8 et 9. [images des figures 20, 21 et 22 dans la section 5]

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13 : Manuscrit mérovingien, VIIIe siècle
14, 15, C1 : Écriture mérovingienne, Lectionnaire de Luxeuil, fin du VIIe siècle
C2 : Écriture mérovingienne, manuscrit de Grégoire de Tours, VIIe siècle
16, 17 : Psaultier de Corbie, VIIIe siècle
18 : Manuscrit mérovingien, VIIIe siècle

4. Écriture caroline :  750 – 900

Après de longs tâtonnements, grâce à la volonté d’unification de Charlemagne, l’empire se dote d’une écriture elle aussi unifiante, la minuscule caroline, débarrassée des fioritures mérovingiennes. L’écriture caroline, qui servira de modèle à la Renaissance, est parfaitement formée à partir de 815-830.
Les figures 26 et 27 proviennent de manuscrits carolingiens et sont tracées en quatre traits. Dans la minuscule caroline, cette contraction apparaît souvent, pas seulement pour le mot « et », mais également à l’intérieur de mots : deb& (debet), &tiam (etiam), ess& (esset), dissider& (dissideret); même le mot « aet » peut être représenté à travers l’ajout d’un crochet (figure 28) : l&os (letos pour laetos). Les figures 29 et 30 sont relevées, tout comme la figure 52, par Goudy d’après Pantographia de Fry (1799). Comme Goudy, je les considère toutefois comme des déformations ou des interprétations erronées, puisqu’elles ne sont pas représentatives. La figure 31 est une autre version de l’époque carolingienne, dotée d’une de longueur supérieure.
La figure D1 est extraite de la Bible de l’abbé Maurdramnus, calligraphiée au scriptorium de Corbie avant 778; elle est la toute première tentative d’esperluette de la caroline primitive. Les figures D4 et D5 sont extraites de la même écriture, la D4 marquant les débuts de phrases. On remarque bien ici le phénomène de prolongement de la barre horizontale du « e » dans celle du « t ».
Après le morcellement de l’Empire de Charlemagne, en 843, l’Europe va elle aussi être divisée en deux grandes tendances : au Nord, les écritures gothiques traduisent une pensée droite et rigoureuse, elles sont faites de régularité, alors qu’au Sud, une plus grande liberté s’exprime dans l’écriture bénéventine italienne, ample et ronde.

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26 : Écriture manuscrite, Saint Augustin, avant 814
27 : Minuscule caroline, 810
28 : Écriture manuscrite, avant 848
29, 30 : Écriture manuscrite, IXe siècle
31 : Minuscule caroline, 862
D1 : Caroline primitive, scriptorium de Corbie, fin du VIIIe siècle
D2 : Écriture carolingienne, benedictionale de Saint-Aethelwold, Angleterre, 10e siècle
D3  : Écriture carolingienne, morceaux choisis de Saint Augustin, manuscrit de Salzbourg, IXe siècle
D4, D5 : Bible Vulgate, ou Bible Granval, IXe siècle, copiée entre 825 et 850 au scriptorium de l’abbaye de Tours
D6 : Évangéliaire de Prüm, Tours, IXe siècle

5. Écriture bénéventine :  800 -1200

Les figures 32 à 35 sont des formes d’esperluettes issues de l’écriture bénéventine, à peine différentes de la forme carolingienne.
Les figures E1 à 22 sont des précurseurs de l’écriture bénéventine, représentée ici par la figure E4 extraite du lectionnaire de Zadar du XIe siècle. Ce style fut utilisé en Italie pendant près de cinq siècles. En effet, l’écriture insulaire irlandaise (onciale) s’épanouit dans les monastères italiens; c’est au Mont Cassin, fondé par saint Benoît, dont le scriptorium devint célèbre au cours des siècles à venir, que se développa ce nouveau type d’écriture brisée qui se maintint jusqu’au XIIIe siècle et influença plus tard l’apparition de nouvelles formes « baroques » dans certaines écritures gothiques, telles la fraktur. Sur la figure E5, on remarque bien le fait que l’esperluette est tracée en plusieurs temps. En effet, le trait supérieur droit n’est pas aligné avec le trait inférieur gauche. Le but n’est pas alors de faire croire, comme ce sera le cas pour les calligraphies cancelleresques, que l’esperluette a été tracée d’un trait croisé.

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E1, E2 : Cursive de l’Italie du nord, appelée parfois écriture lombarde, VIIIe siècle
19 : Tirée d’une écriture manuscrite, Saint Hieronyme, 744
20, 21, 22 : Semi-cursive du nord de l’Italie, VIIIe siècle
32 : Écriture bénéventine, IXe siècle
33 : Écriture bénéventine, Xe siècle
34 : Écriture bénéventine, 1082
35, E3 : Écriture bénéventine, XIe siècle
E4 : Lectionnaire de Zadar, XIe siècle
E5 : Évangéliaire de Zara, XIIe siècle

6. Dans les écritures gothiques :  à partir de 850

— 6.1 Les versions issues de la caroline

L’axe oblique et dynamique de la caroline se redresse en une écriture à deux temps, cadencée et statique, l’écriture gothique se propage en Europe.
La figure 36 provient d’un manuscrit écossais, elle est une forme rare dans laquelle le E et le T sont particulièrement reconnaissables. Dans la figure 37,cette forme de base est légèrement brisée. Les figures 41 et 42 en sont d’assez fortes modifications, voire dégénérations, tirées d’une gothique primitive. La figure 43 est l’exemple très rare d’une esperluette romaine dans une écriture gothique; en règle générale, on trouve dans tous les manuscrits gothiques une toute autre forme d’esperluette, dont nous allons parler maintenant.
La figure F1 provient d’un fragment d’une charte en faveur de l’abbaye de Saint-Etienne de Caen, exécutée entre 1067 et 1075. C’est un des premiers documents transcrits en gothique primitive.

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36 : Manuscrit écossais, IXe siècle
37 : Écriture pontificale anglaise, Xe siècle
40 : D’un document anglais, autour de 1120
41 : Manuscrit flamand, autour de 1148
42 : Manuscrit anglais, 1150
43 : Manuscrit flamand, autour de 1160
44 : Écriture bénéventine, après 1260
F1 : Gothique primitive, entre 1067 et 1075

— 6.2 Les versions issues des notes tironiennes

Un groupe particulier de la famille des esperluettes ne correspond ni aux capitales romaines E et T ni à leurs formes minuscules, mais à un signe issu des notes tironiennes. Les anciens Romains utilisaient pour écrire leurs discours une écriture rapide, qu’ils appelaient « notae » et qui était l’invention d’un certain Marcus Tullius Tiro (103 à 4 av. J.-C.), un affranchi compagnon du discoureur Cicéron. Les formes des notes tironiennes n’ont rien à voir avec celles de l’alphabet romain. Elles consistent en des traits sans contraste; obliques, horizontales et verticales sont clairement distinctes. Le mot ou la syllabe « et » avait la forme d’un angle droit aux côtés de même longueur, sans terminaison spéciale (fig. 49).

Au Moyen-Âge, les notes tironiennes sont tombées dans l’oubli. Seuls quelques moines savants isolés les utilisaient encore et les notaires s’en servaient comme écriture confidentielle. Cependant, quelques-unes des notes tironiennes étaient utilisées comme abréviations, par exemple le c retourné pour la syllabe «con», ainsi que l’ancienne esperluette. De ce fait, nous trouvons l’esperluette tironienne dans quelques manuscrits du Moyen-Âge; cependant, la forme issue des lettres latines et le signe tirionien ne sont jamais employés l’un à côté de l’autre dans le même manuscrit. Ce signe est aussi facilement identifiable dans les manuscrits écossais (fig. 53, 65); celui relevé par Goudy (fig. 52) est toutefois déjà assez déformé. Dans les écritures gothiques, le signe tironien subsiste pendant longtemps. Il se dote bientôt d’une barre transversale (fig. 58) qui sera conservée dans presque toutes les variations de la textura. La figure 72 signifie etcetera, les lettres supprimées  sont représentées par des points au-dessus de la ligature. Les signes 86 et 87 sont des formes etcetera provenant de la même écriture. La figure 139, également un etcetera, apparaît dans une Cancellaresca de Palatino. La figure 87 rappelle encore la forme tironienne, mais la forme 86 en est un renversement étroitisé. En réalité, cette forme 86 était un r, plus précisément la moitié droite de la forme d’un R qu’on utilisait uniquement après un o. La grande ressemblance des formes 81 et 86 conduisit les fondeurs de caractères à utiliser la forme 86 en tant qu’esperluette, c’était un contre-sens invraisemblable et c’est ainsi que ce signe, qui n’était pas à l’origine une esperluette mais un r, fut conservé dans les écritures fraktur (fig. 96), mais sans jamais remplacer le mot allemand « und ». Il fait partie de tous les catalogues des anciens fondeurs de fraktur et fut utilisé jusqu’à récemment dans une ligature qui signifie etcetera. À présent, il est tombé en désuétude et on ne trouve plus cette forme dont personne n’a besoin dans les nouvelles écritures fraktur.

Mais ni les textura ni les fraktur classiques ne connaissent la forme &. Elle est devenue nécessaire depuis que les entreprises à deux noms sont apparues. Mis à part dans ce cas précis, il n’y a dans la langue allemande imprimée aucune abréviation de « und » dans la forme de l’esperluette latine. Cette esperluette ne peut être utilisée en allemand qu’entre les deux noms d’une firme. Qu’elle soit aussi utilisée dans des noms d’entreprises comme «Ernst Müller & Sohn» montre cependant que c’est une forme étrangère incongrue. Le nom «Ernst & Friedrich Müller» est certes envisageable, mais l’utilisation du signe & n’est pas plaisante.

En anglais et en français pourtant, le signe & peut être utilisé dans des textes à la place des mots « and » et « et ». Cela sert surtout dans l’impression anglaise, lorsqu’une ligne qui contient un « and » est vraiment trop serrée et que le mot entier chasserait en début de ligne suivante.
On peut également noter que la figure 49 est le grand « gamma » grec, tandis que la figure 70 est le « to ».

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49 : Signe tironien pour « et », aux environs de l’an 0
50 : Signe tironien, Ier siècle ap. J.-C.
51 : Anglo-saxon, 891
52 : Du temps de Charlemagne, IXe siècle
53 : Écriture écossaise, entre 1069 et 1082
54 : Document anglais, 1087
55 : Écriture gothique primitive, autour de 1110.
56 : Rotunda primitive, autour de 1200
57, 58 : Écriture gothique primitive, France, 1206, 1258
59 : Tirée d’une manuscrite (Petrus Comestor), 1283
60 : Tirée du Domesday Book, 1086
61 : Textura, 1317
62 : Litera Bononiensis, 1353
63 : Document, 1379
64 : Saxonne, du Domesday Book
65 : Écriture écossaise, XIIe au XIIIe siècle
66 : Charte du roi John, 1204
67 : Écrit avec Coster, 1444
68 : Bible à 42 lignes de Gutenberg, 1455
69 : Johann Fust et Peter Schöffer, psautier de 1457, Mayence
70 : Johann Fust et Peter Schöffer, Durandus, Mayence, 1459
71 : Georg Husner, Strasbourg, 1470
72 : Günther Zainer, annonce de livres, Augsburg, 1471
73 : Joh. Sensenschmidt
74 : Colard Mansion, Brügge, 1484
75 : Essai d’écriture de Erhard Ratdolts, Augsburg, 1486
76 : Steffen Arndes, Missale Slevicense, 1486
77 : Saint Augustin Fland de Henrik Lettersnider, autour de 1490
78 : Christian Snellaert, 1495
79 : Hollande, Versal
80 : Wolfgang Hopyl, Paris, 1514
81 : Variation de la figure 70
83 : Caxton, Westminster, 1477
84 : J. Zainer, Ulm, autour de 1478
85 : Rotunda, Stahel et Preinlein, Brünn, 1488
86 : Textura, Konrad Kachelofen, Leipzig, autour de 1495
87, 88 : Etcetera tirés de la Diurnale de 1514
89 : Etcetera, Teuerdank, Hans Schönsperger, Augsburg, 1517
90 : Etcetera tiré de l’Ehrenpforte Kaiser Masimilians, 1518
91 : W. Fugger, Nürnberg, 1553
92 : Fraktur courante
93 : Civilité, Robert Granjon, XVIe siècle
94 : Civilité, Christophe Plantin, Anvers, 1573
95 : Alphabet antiqua de Jean de Beauchesne, 1580
96 : Esperluette de la Fraktur luthérienne, 1708

G1 : Textura, tirée d’un Livre d’heures, Île-de-France, 1386
G2 : Manuscrit en écriture bâtarde flamande, très en vogue à la cour des Ducs de Bourgogne, Jean Froissart, Chroniques, vers 1470-1475
G3 : Exemple de Lettera formata, Palatino, autour de 1550
G4 : Libro, nel qual s’insegna a scrivere, lettera soderna, Palatino, Rome, 1548
G5 : Écriture espagnole, Yciar, autour de 1550
G6 : Il perfetto scrittore, Cresci, Rome, 1570

7. La minuscule humanistique (1400-1550)

Dans les écritures gothiques, les lettres sont statiques, les liaisons entre elles se font par simple contact et l’esperluette est une note tironienne. Ces écritures se répandent dans toute l’Europe, essaimées par les prototypographes fuyant le sac de Mayence. Cependant, elles sont en contradiction avec le modèle culturel italien. Les italiens développeront quand même la rotunda, gothique arrondie qui se développe au tout début des écritures humanistiques et qui conserve les esperluettes tironiennes. Mais les écritures typiques de la Renaissance italienne sont héritées de la minuscule caroline et prennent pour modèle d’esperluette la version carolingienne, qui se trace toujours en quatre temps.
Que la Renaissance humaniste n’ait pas trouvé sa propre forme d’esperluette est compréhensible, parce qu’elle essaye de copier l’écriture carolingienne le plus fidèlement possible (figures 45 à 48). La figure 45 est malgré tout remarquable; on pourrait interpréter la partie de droite comme un T.

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45 : Minuscule humanistique, 1422
46 : Minuscule humanistique, Italie, XIVe siècle
47 : Minuscule humanistique, 1453
48 : Minuscule humanistique, XIVe siècle

8. L’impression des premiers romains

Avec la figure 98, nous entamons une série d’esperluettes des premiers caractères romains du début de l’imprimerie qui, bien que s’éloignant du ductus modèle, suivent toutes la forme de base carolingienne. La figure 104 relevée par Lewis F.Day appartiendrait également au XVe siècle, mais il n’y a pas malheureusement pas de preuve. Les figures 106 et 107 sont des esperluettes grandement transformées d’une écriture de Cour royale. Les figures 108 et 109 proviennent d’une autre écriture de chancellerie anglaise; ce sont plutôt des ligatures, probablement utilisées surtout en début de phrase comme la figure 97. La figure 110 est difficilement attribuable à un groupe majeur.
L’esperluette se traçait jusqu’à présent en quatre traits, ce qui se perd évidemment dans l’impression typographique où elle acquiert une unité nouvelle.

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98 : Johan Mentelin, Strasbourg, 1460
99 : Michael Friburger et Ulrich Gering, Paris, 1470
100 : Romain de Nicolas Jenson, Venise, 1471
101 : Romain de Johann Zainer, Ulm, autour de 1475
102 : Forme romaine dans une gothique de Lienhart Holle, Ulm, 1482
103 : Bazalerius de Bazaleriis, 1498
H1 : Premier caractère de la Sorbonne, dans une lettre de Guillaume Fichet, 1470

9. Écritures cursives et Cancellaresca (1500-1630)

Avec la propagation de la typographie et du livre en Europe, de plus en plus de gens s’intéressent à la lettre et à ses qualités. Au XVIe siècle, les « livres d’écritures » se multiplient. Chaque grand calligraphe (que ce soit Palatino, Cresci et Vicentino pour les italiens, Mercator en France, ou bien Beauchesnes et Baildon en Angleterre) explique la bonne façon selon lui de former les lettres dans différents types d’écriture. Palatino nous indique ainsi comment tracer l’esperluette : « Le signe & sert peu, parce qu’il est plutôt utilisé de cette manière : & (forme cursive). Cependant, pour la faire de cette façon, la boucle principale du dessous doit être égale à la hauteur des autres lettres. Et la petite boucle du dessus doit être égale à la moitié ou moins de la boucle inférieure, et tout doit être tracé d’un seul trait de plume. » 
L’esperluette est à la plénitude de sa valeur calligraphique. Contrastant avec la rationalisation de la Renaissance, les esperluettes sont ici libérées de tout canon, de tout système, et seule compte la grâce. Les nombreuses esperluettes qui vont suivre ont toutes été dessinées au XVIe siècle.

La charmante figure 111, relevée par Goudy, est tirée d’une bâtarde, la sœur française de notre Schwabacher allemande. Malgré son caractère gothique tardif, elle apparaît dans cet exposé comme le prototype de l’esperluette de forme cursive (ou italique) qui se différencie considérablement de l’esperluette romaine. La moitié gauche de l’esperluette cursive est soit un « e » minuscule soit une variante composée de deux arcs (comme dans la figure 120); la moitié droite est en général très clairement un T (voire 114, 140), comme dans la forme romaine &. Les fondeurs de caractères ont parfois gravé plus d’une esperluette pour un même caractère à un corps donné, avec un maximum de trois esperluettes différentes. Mais les maîtres écrivains ont pu laisser libre cours à leur inventivité dans les manuels d’écriture. De ces manuels de la Renaissance et du Baroque découle la richesse des variantes autour de l’esperluette. La plupart sont des variations de l’esperluette italique; cependant la forme romaine légèrement inclinée persiste encore, aussi bien dans les caractères d’imprimerie italiques (fig. 122) que dans la Cancellaresca, comme on appelle la chancelière de la Renaissance italienne (fig. 115, 116, 133, 134, 136).
Les esperluettes de Ludovico Vicentino sont regroupées ici en une grande série de variantes qui rendent sa Cancellaresca vivante. Les figures 112 à 119 en sont juste un florilège. Encore moins exhaustive est notre série des esperluettes de Giuambattista Palatino (fig. 127 à 139); son manuel d’écriture est une source abondante de variations sur l’esperluette. Les figures 113 et 130 surtout sont très singulières. Gérard Mercator ne se lasse pas d’ornementer ses pages avec des esperluettes toujours nouvelles et pleines d’élan; seulement quelques unes d’entre elles sont reproduites ici. La figure 152 du maître d’écriture zürichois Urban Wyss s’éloigne beaucoup de la forme habituelle.
La forme parfaite de l’esperluette du grand graveur de caractères Claude Garamond (fig. 154) s’inscrit aussi dans cette petite histoire de l’écriture; elle fut un modèle pendant plusieurs générations. L’esperluette de l’italique de Robert Granjon (155) est non moins parfaite, elle accompagne dans une grâce féminine le célèbre romain de Garamond.

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111 : Italique de Bernard Lescuyer, Lyon, 1506
112 à 119 : Livre d’écriture Lo operina da imparare di scriuere littera Cancellaresca, Ludovico Vicentino, Rome, 1522
120 à 122 : Livre d’écriture La vera arte de lo excellente scriuere, Giovanantonio Tagliente, Venise, 1524
123 : Italique de Hans Singriener de Vienne, dans De pace, Demosthène, Cracovie, Hieronymus Vietor, 1531
124, 125 : Livre d’écriture Anweysung einer gemeinen handschrift, Johann Neudörffers le vieux, Nürnberg, 1538
126 : Simon de Colines, Paris, 1536
127 à 138 : Livre d’écriture Libro nuovo da imparare tutte sorte lettere, Giuambattista Palatino, Rome, 1540
139 : Etcetera extrait du même livre
140 à 144 : Livre d’écriture Literarum latinarum ratio, Gérard Mercator, Lyon, 1540
145 à 146 : Encore une esperluette de Mercator, 1540
147 à 152 : Livre d’écriture Libellus valde doctus, Urban Wyss, Zürich, 1549
153 : Caractère romain du XVIe siècle, d’origine inconnue, propriété de Joh. Enschedé, Haarlem
154 : L’esperluette du romain de Claude Garamond, autour de 1540, dans une feuille-spécimen francfortoise de 1592 en corps Parangon
155 : L’esperluette de l’italique de Robert Granjon, dans une feuille-spécimen francfortoise de 1592 en corps Parangon
156, 157 : Livre d’écriture Opera, Vespasiano Amphiareo, Venise, 1554
158, 159 : Tirée de l’édition de 1564 du même livre
160, 161 : Livre d’écriture Opera, Augustino da Siena, Venise, 1565
162 à 164 : Livre d’écriture Essemplare utile, Giuliantonio Hercolani, sans lieu d’édition, 1571
165, 166 : Livre d’écriture Il perfetto Scrittore, Giovanni Francesco Cresci, Venise, 1569
167 : Essemplare di piu sorti lettere, Giovanni Francesco Cresci, Rome, 1560

J’ai relevé les onze premières esperluettes (I1 à I11) sur sept petites pages seulement de la première partie d’un livre d’écriture de Palatino, publié en 1561. On trouve les cinq esperluettes suivantes dans le même livre d’écriture de Palatino, sous différents noms de cancellaresca : la figure I12 est de type romana bastarda, I13, romana, I14, formata, I15 est rangé avec les majuscules, tandis que I16 n’est pas une esperluette à proprement parler, mais illustre une des planches d’écriture. La figure I17, de Vicentino, est de type cancellaresca corsiva.

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I1 à I16 : Palatino, Nel qual s’insegna à scriver ogni sorte lettera, antica et moderna, di qualunque natione, 1550
I17 : Livre d’écriture de Vicentino
I18 : Amphiareo, Opera, nella quale si insegna a scrivere, Vinegia, 1554
I19 : Augustino, Opera, nella quale si insegna a scrivere, Venise, 1565
I20 : Hercolani, Essemplare di lettere cancellaresche, maiuscole cancellaresche, Bologne, 1570.
I21 : Hamon, Alphabet de l’invention des lettres, Lyon, 1580
I22 : Urban Wyss

10. Le temps de la gravure sur cuivre : 1550-1700

Parmi les esperluettes suivantes, extraites de manuels d’écriture du XVIe siècle, les figures de Beauchesne et Baildon sont particulièrement charmantes; chacune d’entre elles est une petite œuvre d’art dans un espace réduit (fig. 168 à 183).
L’imprimeur Christophe Plantin inclut dans une même cursive pas moins de trois variantes différentes d’esperluettes (fig. 189 à 191), pour éviter toute monotonie. L’esperluette distinguée de Jean De Tournes est d’une forme encore valable aujourd’hui (fig. 192).
Les formes folles et pétillantes de Jean De Baugrand (fig. 195 à 202) sont pleines d’esprit baroque. À côté d’elles figurent les ravissantes variantes de Lucas Materots, que j’aimerais appeler le Mozart de la calligraphie (fig. 203 à 212). Nous trouvons en l’anglais Richard Daniel un maître d’une fantaisie proche (fig. 235 à 239). La figure 240 est une jolie forme creusée dans l’ardoise, relevée par Goudy. Les figures 215 et 216 sont des esperluettes de Jean Jannon (Sedan 1621), imprimées d’après les matrices qui sont aujourd’hui conservées à l’Imprimerie Nationale, auparavant attribuées par erreur aux « Caractères de l’Université » de Claude Garamond.

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Les esperluettes suivantes ont été calligraphiées par le maître français Louis Barbedor. Les trois premières sont extraites d’une écriture italienne bâtarde de 1647 et les trois suivantes d’une écriture financière de 1628. Le développement de la gravure sur cuivre en taille-douce après 1550 permet à la finesse des déliés de s’exacerber.

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168 à 183 : Livre d’écriture A book containing divers sortes of hands, Jean de Beauchesne et John Baildon, Londres, 1571
184 : Alphabet romain du livre d’écriture Le trésor d’escriture, Jean de Beauchesne, Lyon, 1580
185, 186 : Livre d’écriture de Pierre Hamon, 1580
187, 188 : Livre d’écriture d’Andres Brun, Sarragosse, 1583
189 à 191 : Trois esperluettes différentes tirée de De curatione, Christophe Plantin, Anvers, 1583
192 : Jean de Tournes, Lyon, 1584
193, 194 : Scribe anglais inconnu, 1590
195 à 202 : Livre d’écriture Poecilographie, Jean de Beaugrand, Paris, 1601
203 à 212 : Livre d’écriture Les Œuvres, Lucas Materot, Avignon, 1608
213 : Livre d’écriture Il terzo libro delle cancellaresche corsive, Francesco Periccioli, Naples, 1619
214 : Livre d’écriture Le Paranimphe, François Desmoulins, Lyon, 1625
215, 216 : Esperluette de Jean Jannon, Sedan, 1621
217 : Cursive calligraphique de Pierre Moreau, Paris, 1644
218 : Cursive de Christoffel van Dijck, autour de 1640, propriété de Johann Enscedé en Zonen, Haarlem
219, 220 : Romain et cursive de Anton Janson, Leipzig, autour de 1670, propriété de D. Stempel AG
221 : Manuscrit Union Pearl, Londres, avant 1690, propriété de Stephenson Blake & Co. à Sheffield
222 : Calligraphie, XVIIe siècle
223 : Livre d’écriture Pen's excellencie, Martin Billingsley, Londres, 1618
224 : Livre d’écriture Introduction to the True Understanding, David Browne, 1638
225, 226 : Livre d’écriture de Jean-Baptiste Allais de Beaulieu, Paris, 1680
227 à 230 : Livre d’écriture Primera parte, Joseph de Casanova, Madrid, 1650
231 : Livre d’écriture Pen-man's Recreation, James Hodder, Londres, 1659
232, 233 : Livres d’écriture de Edward Cocker, Londres, 1660? et 1673
234 : Livre d’écriture Multum in Parvo, Edward Cocker, Londres, 1661
235 à 239 : Livre d’écriture Compendium of the Usual Hands, Richard Daniel, Londres, 1664
240 : Inscription sur ardoise, Westminster Abbey, 1665
241 : Livre d’écriture du français Lesgret, 1694
242, 243 : William Elder
244 : John Seddon, Londres, autour de 1695
245 : John Ayres, Londres, autour de 1698
J1 à J6 : Louis Barbedor, entre 1628 et 1647

11. Le dix-huitième siècle (1700-1790)

Le XVIIIe siècle n’apporte plus vraiment de nouveauté; on continue sur les formes baroques installées. Le tracé, la répartition des graisses et la forme des terminaisons expriment toutefois, comme toujours, le léger changement de style. Les figures 254 et 255 sont des descendantes du groupe des esperluettes tironiennes; elles en sont les dernières représentantes. La brave esperluette cursive d’une gravure originale de Baskerville (fig. 264), dont les matrices ont été récemment offertes par Charles Peignot à l’Université de Cambridge, récolte une mention spéciale; le e n’est ici pas fermé.

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246, 247 : George Shelley, Londres, 1710
248, 249 : William Caslon, Londres, autour de 1728
250, 251 : Livre d’écriture de Lesgret, 1736
252 : Pierre Simon Fournier, 1742
253 : Pierre Simon Fournier, Batarde coulée, 1749
254 : Old Black, William Caslon, XVIIIe siècle
255 : Duyts, Joan Michael Fleischmann, Haarlem, 1748
256 : Joan Michael Fleischmann, Haarlem, 1757
258 : Kleine Canon Romein, J. M. Fleischmann
259 : François Gando le Jeune, Paris, 1754
260, 261 : L’art d’écrire, Paris
262 : Delacolonge, Lyon, 1773
263 : Fry’s Ornamented Number Two, Londres, avant 1808
264 : Italique d’une taille originale de Baskerville
265, 266 : Baskerville Old Face et Old Face Open, XVIIIe siècle
267, 268 : Bell Roman et Bell Italic, autour de 1788
K1 : Claude Lamesle, 1742
K2 : Nouveau livre d’écriture, De chaste, début 1700

12. Les didones (1790 – 1840)

Bodoni, Walbaum et Didot (fig. 269 à 274) nous guident jusqu’à l’esperluette romaine ordinaire du XIXe siècle (fig. 278).

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269 : Retaille d’après Bodoni, fonderie bavaroise
270, 271 : Formes actuelles de la Bodoni romaine et italique
272, 273 : Formes actuelles de la Walbaum romaine et italique, début du XIXe siècle
274 : Firmin Didot, début du XIXe siècle

13. Les temps modernes (1840 – 1950)

La figure 276 est l’esperluette de l’Italienne, cette écriture romaine absurde dans laquelle les pleins sont transformés en déliés, et les déliés en pleins. La fin de notre ligne de développement présente des esperluettes curieusement déformées, venant des États-Unis, du temps de la conquête de l’ouest autour de 1880 (fig. 285 à 288). En 1889, grâce aux efforts de l’anglais William Morris, commence le renouveau de la typographie et de l’art du livre. Depuis lors, le temps passé a engendré une telle abondance de variations, pas toujours gracieuses mais correctes pour la plupart, autour de l’archétype classique de l’esperluette, qu’il serait impossible de les présenter correctement dans un espace limité. Les scriptes sont tellement diverses qu’il faut y renoncer.
Je fais ici un grand bond en avant et ajoute les variations de l’esperluette de la Coline Cursive, permises aujourd’hui par la technologie OpenType. On pourrait également citer bien sûr le Poetica de Robert Slimbach et ses 62 esperluettes.

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275 : Thorne Shaded, Londres, autour de 1810
276 : Italienne, Baker & Greele, Boston, 1825
277 : Initiales normandes larges, XIXe siècle
278 : Romain courant, milieu du XIXe siècle
279 : Lithographie, milieu du XIXe siècle
280 : Clarendon de la fonderie Haas, Münich
281 : French Clarendon Italic, États-Unis, fin du XIXe siècle
282 : Italic Ornate, idem
283 : Taille-douce, Deberny & Peignot, Paris, XIXe siècle
284 : Condensed Sans, anglais, milieu du XIXe siècle
285 : Dainty
286 : Scripte
287 : Banquet
288 : Trinal
L1 à L5 : Coline Cursive, 2009

Conclusion

Il est difficile de résumer en quelques mots comment s’expriment le style d’une époque dans chaque morceau de signe, dans la répartition des graisses, dans les proportions et dans la forme des terminaisons, mais cela devient évident quand on regarde les figures rassemblées ici. Chacune des lettres de notre alphabet peut ainsi se laisser pister à travers les siècles. Mais peu reflètent l’évolution des styles aussi clairement. L’esperluette romaine et l’esperluette cursive ne sont pas encore totalement stabilisées aujourd’hui et offrent toujours incroyablement beaucoup plus de possibilités de variations que tout autre signe de l’alphabet.

 


Crédits
Ce texte est une traduction personnelle de Formenwandlungen der Et-Zeichen, de Jan Tschichold (Stempel AG, 1953), 
dont les images présentées ici, hors apports personnels, sont extraites.
Merci à Christiane Velt pour sa relecture.

 

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Écrit par Émilie Rigaud, 21 jul 2016 dans Type history

8 commentaires sur "Variations formelles de l’esperluette"

  1. Sigrid Bengel dit :

    This is very interesting – even if you only look at the « pictures ». I really enjoyed it. Thank you!

  2. Emilie Rigaud dit :

    Thank you! I will try to translate it in english in the coming weeks, I will let you know when it is done.

  3. Peter Gabor dit :

    Bravo. Superbe étude

  4. Henry dit :

    Wow! Superb research, fascinating!

  5. dunin dit :

    Article passionnant, il manque toutefois (sauf erreur de ma part) les figures 104 à 110 dans la huitième partie (qui présente aussi cette drôle de phrase: « mais il n’y a pas malheureusement pas de preuve »…
    Merci pour la traduction et les ajouts.

  6. guillot roland dit :

    Excellent travail d’une grande utilité

  7. Merci! J’espère que les prochains articles vous plairont également.

  8. j’en suis complètement esperluettisé !

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