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La genèse de Coline

Coline a été choisie pour entrer dans collections du CNAP(Centre National des Arts Plastiques). Pour fêter cette bonne nouvelle, plongeons dans le processus de travail qui a mené la création de cette famille typographique.

Coline typeface, designed by Emilie Rigaud, published by "A is for..." type foundry.

La famille typographique Coline, designée par Émilie Rigaud et distribuée par la fonderie « A is for… ».

Après avoir étudié l’évolution des livres de poche publiés dans la collection Folio Gallimard depuis sa creation en 1972, j’ai constaté qu’il y avait très peu d’évolution formelle de ces livres, excepté la qualité d’impression, en l’espace pourtant conséquent de 35 ans. La plupart des caractères utilisés étaient d’une chasse ample, ce qui avait pour conséquence un interlignage inadapté ou des marges tronquées.
J’ai donc décidé de designer un caractère qui serait adapté aux livres de petit format. C’est-à-dire que le caractère devait fonctionner en petit corps et avoir des grandes contreformes. Il devait aussi être condensé, afin que l’espace gagné puisse être réinjecté ailleurs dans la mise en page. Pour la même raison, la hauteur d’x devait être grande, ce qui donnerait en plus au caractère un aspect non prétentieux qui convient aux livres de poche.
Ma première source d’inspiration a été le travail de Simon de Colines (1480-1546). Il a apporté à la typographie française des choses similaires à celles de l’italien Alde Manuce, car il est le premier à publier des livres de petit format à destination d’une clientèle étudiante. L’étude de ses premiers travaux (antérieurs à ceux de Garamond) a été privilégiée pour leur caractère direct et robuste.

Coline typeface, designed by Emilie Rigaud, published by "A is for..." type foundry.

Deux bibles de petit format, toutes deux de 1528, ont aidé à trouver les proportions générales des lettres.

Coline typeface, designed by Emilie Rigaud, published by "A is for..." type foundry.

Je dois avouer ici que je suis une accro au dessin. Le rôle du mouvement naturel de la main a été essentiel dans le design auquel je suis parvenue. Dessiner à la main, faire des aller-retour entre l’écran et le papier, agrandir et réduire avec la photocopieuse, couper-coller des bouts de papier, tout cela m’a permis de construire les lettres par leurs masses et non par leurs contours.
Cette méthode place sans doute le dessin de caractères proche de la sculpture, puisqu’elle considère les lettres non pas comme des points vectoriels mais comme un matériau concret.

Coline typeface, designed by Emilie Rigaud, published by "A is for..." type foundry.

Le u « Frankenstein », pour Coline Cursive, coupé et recollé de nombreuses fois.

Coline typeface, designed by Emilie Rigaud, published by "A is for..." type foundry.

Recherches pour les diacritiques et la ponctuation.

Une fois satisfait des formes générales commence le long processus de peaufinage, comme on peut le voir ci-dessous avec les capitales de Coline Première.

Coline typeface, designed by Emilie Rigaud, published by "A is for..." type foundry.

Coline typeface, designed by Emilie Rigaud, published by "A is for..." type foundry.

Coline typeface, designed by Emilie Rigaud, published by "A is for..." type foundry.

Dessins au crayon pour Coline Cursive.

Dans le même temps, j’ai beaucoup regardé le travail de Philippe Millot pour les éditions Cent Pages; dans toute la collection des livres de poche Cent Pages dont il s’est occupé, il utilise uniquement les caractères de Matthew Carter, mais dans des associations différentes dans chacun des livres. J’ai donc décidé d’avoir une famille composé de différents caractères, ce qui laisserait une grande liberté au graphiste pour les associer comme il l’entend et s’amuser avec.
N’est-il pas un peu réducteur de dire que si un italique n’est pas un minimum incliné, les gens ne sauront pas à quel usage il est destiné? Mettre de telles barrières reviendrait à placer de faibles espoirs dans les capacités des graphistes.
C’est ainsi que les trois membres de la famille Coline sont des caractères qui ne sont pas penchés, chacun avec ses attaques et sorties propres, créant des rythmes différents pour chacun.

Coline typeface, designed by Emilie Rigaud, published by "A is for..." type foundry.

Maintenant que la famille est posée et que le jeu basique de caractères du Coline Première est complet, Coline n°2 et n°3 demande un peu plus d’attention, tout particulièrement pour leurs capitales. Le plus gros travail a été d’arriver à différencier les trois jeux de capitales des trois Coline, tout en gardant une évolution douce de l’un à l’autre.

Coline typeface, designed by Emilie Rigaud, published by "A is for..." type foundry.

Et c’est le même problème avec les chiffres, la ponctuation et les diacritiques. Chaque glyphe a dû être décomposé en trois temps d’évolution, de la typographie à la cursivité.

Coline typeface, designed by Emilie Rigaud, published by "A is for..." type foundry.

La création de Coline n°3 (Extreme) a été assez rapide.
Le plus intéressant a été de développer une graisse « black », qui a été dessinée sur le regular, puis scannée, numérisée et harmonisée. Comme le Coline Estrême est plus radical que ses compères, il a été une bonne occasion pour pousser les expérimentations un peu plus loin, jouant autour de découpes violentes et de courbes enflées

Coline typeface, designed by Emilie Rigaud, published by "A is for..." type foundry.

Dessin pour le x black à partir du regular, et sa version numérique finale. Même chose pour les capitales.

Coline typeface, designed by Emilie Rigaud, published by "A is for..." type foundry.

Coline typeface, designed by Emilie Rigaud, published by "A is for..." type foundry.

Tout premiers dessins pour Coline Extreme Black, et sa version numérique finale.

 

L’ “évolution” des spécificités de design au sein de la famille induit un usage pour chacun de ses membres: Coline n°1 (Première) , avec ses larges contreformes et son rythme calme est une bonne option pour du texte continu, Coline n°2 (Cursive) a tendance à être un peu plus animée mais peut aussi être utilisée pour les longs textes, tandis que Coline 3 (Extrême) se comporte très bien comme titrage des deux autres ou comme italique pour des longs textes également. MAis on pourrait imaginer faire totalement l’inverse : avec un court texte composé en Coline Extrême, quelques mots mis en valeur par Coline Cursive, et un titre composé en Coline Première. C’est à l’utilisateur de la famille de s’approprier les outils et de leur inventer de nouveaux usages.

Écrit par Émilie Rigaud, 17 sep 2014 dans Coline Work process

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